La restauration du chemin du phare du Paon : retour sur les coulisses du projet.
La restauration de ce site emblématique de l’île de Bréhat était devenue nécessaire : chemin raviné et inconfortable, végétation piétinée et dégradée sur une largeur de plus en plus importante, manque de place pour stationner les vélos, manque d’information pour les visiteurs… Difficile de se souvenir aujourd’hui de l’état préalable du chemin !


Des origines du projet à sa finalisation
Dans le cadre des réflexions sur la fréquentation touristique, la commune s’est engagée dans le projet dès 2023. Il s’agissait alors de prendre des mesures pour protéger l’environnement et améliorer l’accueil des visiteurs, en complément de la régulation des flux touristiques. Le phare du Paon attire 60 % des visiteurs selon les comptages réalisés en 2022, c’est le site naturel de Bréhat le plus visité et impacté par le passage de plus de 150 000 personnes par an, 3000 personnes lors des grosses journées.
Pour initier ce projet, la commune a fait appel à l’ADAC (Association Départementale d’Appui aux Collectivités), qui a réalisé un premier chiffrage et l’appel d’offre pour recruter le maître d’œuvre. Nous nous sommes alors appuyés sur une première étude réalisée par un paysagiste renommé en 2018 mais laissée sans suite.
L’Atelier INEX, paysagiste-concepteur, basé à Saint Malo, a été retenu comme maître d’œuvre fin 2023. L’année 2024 a été consacrée aux phases de conception du projet, de dépôt du permis d’aménager et autres démarches administratives, de recherches de subventions et d’élaboration de l’appel d’offre pour la réalisation des travaux. Au préalable, INEX a proposé des visites de sites naturels littoraux aménagés (Ploumanac’h et Plougrescant) pour profiter des retours d’expériences. Parallèlement, riverains et propriétaires concernés ont été contactés et invités à une réunion de concertation. Des démarches spécifiques ont été engagées auprès de la Fondation HAREAUCOURT, qui détient de grandes parcelles dans cette partie de l’île. Début 2025, le marché de réalisation des travaux a été attribué à l’entreprise « Paysage et pépinière du GUILLORD », de Plourivo, qui se proposait de travailler en partenariat avec l’entreprise bréhatine de Baptiste PETIBON pour les travaux de terrassement et d’élagage notamment. En raison du retard pris pour certaines démarches et l’attente de réponses pour des subvention, les travaux n’ont pu démarrer qu’en octobre 2025, pour se terminer mi-mai 2026.
Le projet a coûté au total un peu moins de 250 000 € hors taxes, dont 29 000 € d’études et 218 000 € de travaux. Il est financé à hauteur de 55 000 € par deux subventions du Conseil Régional.
Les objectifs et réalisations
Les aménagements devaient répondre à plusieurs objectifs.
Avant tout protéger les milieux naturels de lande et de zone humide, très fragiles et vite dégradés par le piétinement et le ruissellement de l’eau sur les sols nus : il fallait donc canaliser les marcheurs pour laisser repousser la végétation sur les abords du chemin. Les bordures du chemin et des zones laissées accessibles sont matérialisées par des potelets reliés par du fil de fer, assez bas pour rester discrets. A terme, ces petits aménagements seront en partie cachés par la végétation. En arrivant au phare, des filets en fibre de coco, biodégradables, ont été posés pour retenir la terre et les graines, et permettre à la végétation locale de coloniser à nouveau le sol. Des « haies sèches » en branchages jouent aussi un rôle contre l’érosion.
L’amélioration du chemin lui-même était aussi indispensable, pour que les marcheurs aient envie d’y rester ! Pour cela, les aménagements ont porté sur le nivellement du chemin et le choix des revêtements capables de supporter les milliers de passages et adaptés aux contraintes des différents tronçons : allant du sol d’origine, quand il était encore assez stable, jusqu’à la calade de pierres jointoyées à chaque extrémité, en passant par des mélanges terre / pierre et du sable / chaux pour les secteurs très dégradés ou en pente. L’eau étant un facteur important d’érosion et de ravinement, sa circulation fait l’objet d’aménagements spécifiques : c’est l’utilité des petites marches et seuils empierrés qui traversent le chemin, ou revers d’eau, pour guider l’eau vers les bas-côtés. Le passage de la zone humide a été traité avec attention, pour empêcher que le chemin ne soit inondé en hiver, sans abaisser le niveau du plan d’eau : le cheminement est surélevé en ménageant un passage en dessous.
Et afin que les aménagements soient plus durables, la gestion des vélos devait aussi être repensée : faire comprendre aux cyclistes qu’il faut stopper les vélos avant de s’engager sur le chemin. Un parking à vélos a été créé en amont du chemin piéton, avec plus d’emplacements que précédemment. Les changements de revêtement de sol sont destinés à matérialiser plus clairement le début du chemin et les petites marches renforcent le message si besoin. Une signalétique sera ajoutée d’ici peu.
Enfin, le projet avait pour but de mieux mettre en valeur le patrimoine, tant naturel que culturel : la « Chapelle » de Saint Riom, les rochers et points de vue exceptionnels, le phare… Pour cela, la ruine a été nettoyée, son accès amélioré et le cyprès élagué, des bancs ont été disposés à plusieurs endroits, un sentier secondaire a été créé pour permettre aux promeneurs d’atteindre le littoral par un autre itinéraire, et l’accès aux points de vue les plus appréciés a été maintenu (certes, au détriment du milieu naturel). La mise en valeur du site passera aussi par une nouvelle signalétique plus complète, dans l’esprit de ce qui a été fait ailleurs sur l’île : un relais infos services, deux panneaux d’interprétation, quelques totems directionnels aux jonctions principales et des bornes de rappels des bonnes pratiques pour protéger le milieu naturel. L’implantation devrait se faire prochainement.

Des contraintes supplémentaires prises en compte
Accessibilité : Même si ce cheminement dans un espace naturel n’avait pas vocation à devenir accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR), ce qui aurait nécessité des aménagements beaucoup plus lourds et aurait dénaturé le site, la question de l’accessibilité s’est posée, à plusieurs titres. L’accès aux différents points du chemin par les secours a été discutée en amont avec les pompiers : la hauteur maximum des marches a été définie en fonction des contraintes de l’ambulance et un itinéraire par les pares-feux a été pensé pour éviter les tronçons de chemin trop étroits. L’accès à l’eau pour les pompiers a été modifié et déplacé. L’accès aux toilettes par les engins des services techniques était aussi impératif, pour les manutentions et les opérations d’entretien, impactant la largeur du chemin et sa courbure. Enfin, l’emplacement des poubelles devait concilier esthétique et facilité de manutention.
Cadastre : un autre élément de complication était le nombre important de propriétaires dont les parcelles sont concernées par ce chemin, et le fait que certains tronçons ne respectaient plus la servitude de passage. Nous avons pris le parti de revenir au tracé de la servitude, en réouvrant l’ancien chemin et en fermant deux tronçons pour les « renaturer ». L’ensemble des propriétaires a été contacté pour demander l’accord d’intervenir sur leurs parcelles.
Un site très protégé : enfin, comme toute notre île, la pointe du Paon fait l’objet de nombreuses protections pour garantir sa préservation : site classé, Natura 2000… Outre des dossiers conséquents pour obtenir les autorisations, les gros travaux sur ce site naturel devaient impérativement se faire hors période de nidification des oiseaux, donc entre septembre et mars. Cette période permettait aussi d’éviter les pics de fréquentation, difficilement compatibles avec des engins de chantier.
Et quelques surprises et aléas : Malgré le permis d’aménager, soumis à toutes les autorités compétentes, la présence d’un site archéologique sur le tracé n’avait pas fait l’objet de prescriptions particulières. Suite à un signalement après le démarrage du chantier, une fouille d’urgence a dû être organisée : de nombreux éclats de silex ont été retrouvés, démontrant une forte activité sur ce lieu au mésolithique. Malheureusement, le piétinement depuis des décennies et les passages d’engins liés au chantier avaient déjà abîmé le site sur l’emprise du chemin. Les abords sont restés bien préservés. Le site a été balisé en vue de fouilles ultérieures plus approfondies et le chantier a pu reprendre normalement, après deux semaines d’arrêt et d’incertitudes. L’entreprise a fait preuve d’une grande souplesse pour démarrer les travaux sur d’autres parties du chemin et éviter trop de retard. Par la suite, les pluies de janvier et février ont rendu les travaux difficiles voire impossibles certains jours. Il fallait notamment attendre des fenêtres de 5 jours sans pluie pour mettre en œuvre le revêtement sable-chaux. Difficiles à viser !


Finalement, on peut dire que l’ensemble du projet s’est très bien déroulé malgré les imprévus, grâce à la coopération de toutes les personnes impliquées. Nous remercions les employés communaux qui ont assuré le suivi technique et administratif durant tout le projet, et les entreprises INEX, « Paysage et pépinière du GUILLORD » et Baptiste PETIBON pour leur capacité d’adaptation et la qualité de leurs propositions et réalisations.
Marion REGLER, 3e adjointe




